Quelle est la prévision du prix des quotas carbone pour 2030 ? Les enquêtes de prévisions pointent toutes vers une hausse des prix, mais l'ampleur de cette hausse dépendra de plusieurs facteurs. Les volumes de production industrielle jouent un rôle central : si l'activité manufacturière continue de se redresser, la hausse de la demande d'EUA fera monter les prix. La dynamique des marchés du gaz en Europe reste également à surveiller, compte tenu de sa corrélation historiquement forte avec les prix du carbone. Surtout, 2026 marque le début d'un resserrement structurel de l'offre dans l'EU ETS, renforcé par l'entrée en vigueur du MACF et le soutien institutionnel réaffirmé au plus haut niveau européen.
Qu'est-ce qui affecte les prix des quotas d'émission à court terme ?
Les prix des EUA dépendent de plusieurs facteurs interdépendants. Les marchés de l'énergie sont déterminants, car ils influencent la consommation d'énergie industrielle et, par conséquent, les niveaux d'émissions et la demande anticipée de quotas. Les conditions météorologiques jouent également un rôle : des hivers doux réduisent les besoins de chauffage, ce qui diminue les émissions et la demande d'EUA. Les comportements des participants de marché, les niveaux d'activité industrielle et les annonces réglementaires contribuent aussi à façonner les prix à court terme.
Le cours spot des EUA s'établissait à 69,99 € le 7 avril 2026, après une hausse de +8% dans la foulée du Sommet de Bruxelles des 19-20 mars. Ce rebond reflète le retour de la confiance des investisseurs dans le signal-prix européen, après une période de volatilité liée au contexte géopolitique. Les effets temporaires des injections d'offre RepowerEU étant désormais derrière nous, les fondamentaux structurels reprennent la main.
Est-il possible d'investir dans des EUA avec un horizon de court terme ?
Les prix des quotas de carbone présentent des caractéristiques similaires à celles des matières premières, et des fluctuations importantes sont normales. Un horizon d'investissement à très court terme n'est donc généralement pas adapté aux investisseurs particuliers sur ce marché. Les EUA sont en revanche conçus pour une appréciation des prix sur le moyen et long terme : en tant qu'instrument de politique climatique, des prix croissants incitent les industries à réduire leurs émissions tout en générant des revenus pour les États membres. Un horizon d'investissement à 2030 apparaît particulièrement pertinent depuis 2026, à l'heure où les catalyseurs structurels s'accumulent.
Prévisions des prix de l'EU ETS pour 2030 : trois scénarios
Scénario 1 : Reprise industrielle et hausse de la demande d'EUA
L'industrie européenne a opéré à des niveaux modérés depuis le début du conflit en Ukraine, pesant sur la demande d'EUA et donc sur les prix. Avec la stabilisation macroéconomique en cours et le cycle de baisses de taux de la BCE engagé depuis 2024, un redressement progressif de l'activité manufacturière est attendu en 2026. Cette reprise entraînera mécaniquement une hausse de la demande de conformité. Les investisseurs financiers, anticipant cette dynamique, renforceront leurs positions sur les EUA de manière préventive. Cette double pression pourrait entraîner une hausse des prix du carbone d'au moins 20 % à court terme, avec une trajectoire soutenue vers les niveaux prévus en 2030.
À noter : lors du Sommet de Bruxelles, plus de 100 entreprises européennes se sont mobilisées pour défendre l'intégrité du marché carbone, soulignant que la stabilité réglementaire est leur priorité stratégique. Un signal fort de l'adhésion du secteur privé à la trajectoire de décarbonation.
Scénario 2 : Tensions sur le marché du gaz et impact sur les EUA
Les prix du gaz exercent une influence directe sur les prix du carbone : lorsque le gaz est cher, les industries ont tendance à recourir davantage au charbon, ce qui génère plus d'émissions et accroît la demande d'EUA. Cette corrélation reste structurelle.
Les marchés du gaz européens demeurent vulnérables aux ruptures d'approvisionnement et aux pics de demande hivernaux. ABN Amro souligne qu'un déficit de production éolienne et solaire constituerait un catalyseur haussier supplémentaire pour les EUA. Une flambée des prix du gaz viendrait amplifier la pression à la hausse sur les quotas carbone, soutenant la trajectoire vers 145 € en 2030 et 200 € en 2035 prévus par Citi.
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Scénario 3 : La réduction de l'offre EU ETS et le MACF, moteurs structurels jusqu'en 2030
C'est le facteur le plus prévisible et le plus puissant. 2026 marque précisément le moment où les effets du resserrement réglementaire se font pleinement sentir, avec deux événements majeurs survenus ces dernières semaines.
Le 7 avril 2026, la Commission européenne a publié le premier prix trimestriel officiel des certificats MACF : 75,36 €/tCO2. C'est une date historique : il s'agit de la première valeur de taxe carbone aux frontières au monde. Le MACF est entré pleinement en vigueur le 1er janvier 2026, après deux ans de phase de transition. Il couvre six secteurs clés : acier, aluminium, ciment, engrais, hydrogène et électricité. En imposant un prix carbone à l'entrée des frontières européennes, ce mécanisme élimine les risques de fuites carbone et renforce l'intégrité du signal-prix de l'EU ETS. Les certificats MACF seront achetables à partir de février 2027 via la Plateforme Centrale Commune.
Par ailleurs, lors du Sommet de Bruxelles des 19-20 mars 2026, le Conseil européen a réaffirmé le rôle central de l'EU ETS : aucun État membre n'a soutenu l'idée d'une suspension du marché. Un fonds de décarbonation industrielle de 30 milliards d'euros a été annoncé, financé par la monétisation de 400 millions de quotas EUA, soit une valeur implicite de 75 €/tonne. La Réserve de Stabilité du Marché (MSR) verra également sa capacité d'intervention augmentée pour limiter les variations de prix excessives. Enfin, le maintien des allocations gratuites au-delà de 2034 offre un cadre de transition plus prévisible pour les secteurs les plus exposés.
La réforme Fit for 55 vient compléter ce tableau : le Linear Reduction Factor est porté à 4,3 % par an depuis 2024, puis à 4,4 % à partir de 2028, et les enchères EUA seront progressivement supprimées à l'horizon 2039. Deutsche Bank confirme cette lecture : à partir de 2026, l'EU ETS se resserrera considérablement en raison de l'arrêt des enchères anticipées, de la mise en oeuvre complète du MACF et du durcissement des plafonds d'émission.
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Ce que les experts prévoient pour les prix des EUA en 2030
Les grandes institutions financières convergent vers des prévisions haussières solides. Citi, en s'appuyant sur le modèle de pricing carbone de Bloomberg, place sa prévision de référence à 145 € par tonne de CO2 en 2030, avec une projection à 200 € en 2035, principalement en raison de la réduction continue de l'offre de quotas et de la baisse du TNAC. Le fait que la Commission européenne ait elle-même calibré son fonds de décarbonation sur une valeur de 75 €/tonne envoie un signal de stabilité aux investisseurs et aux industriels, cohérent avec une trajectoire haussière.
Ces prévisions restent toutefois conditionnées à l'issue de la révision réglementaire prévue au troisième trimestre 2026. Les fondamentaux structurels, eux, demeurent intacts : l'offre de quotas diminue mécaniquement chaque année, les allocations gratuites disparaissent progressivement entre 2026 et 2034, et de nouveaux secteurs intègrent le système. La trajectoire reste très orientée à la hausse.
Points clés à retenir
Le cours spot des EUA s'établissait à 69,99 € le 7 avril 2026, après un rebond de +8% post-Sommet de Bruxelles. Le MACF est entré en vigueur au 1er janvier 2026 avec un premier prix officiel à 75,36 €/tCO2. Citi anticipe 145 € en 2030 et 200 € en 2035, des prévisions conditionnées à l'issue de la révision réglementaire du T3 2026. Le soutien institutionnel au plus haut niveau européen, la réduction structurelle de l'offre et la montée en puissance du MACF constituent les principaux moteurs haussiers. Pour les investisseurs patients, les EUA représentent un actif de conviction à la croisée de l'impact climatique et de la performance financière.