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It's the gas, stupid !

Marché Carbone

Face aux pressions politiques visant à affaiblir le marché du carbone européen, cette tribune de Valentin Lautier (CEO de Homaio) rappelle une vérité économique cruciale : le problème de l'Europe n'est pas le coût du CO2, mais sa dépendance structurelle aux énergies fossiles importées. Pour réindustrialiser et sécuriser notre avenir, le prix du carbone doit être un signal fort, stable et ambitieux.

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A chaque choc énergétique, la rengaine du prix du carbone trop élevé se fait entendre dans les capitales européennes. En réalité, il faudrait que le prix du carbone soit encore plus ambitieux pour renouer avec la compétitivité industrielle tout en assurant notre sécurité et souveraineté énergétique. 

Depuis plusieurs semaines, une coalition de gouvernements et de lobbies industriels mène une offensive coordonnée contre le SEQE UE - le mécanisme de tarification des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne. Le message, déjà entendu lors de la crise du gaz Russe de 2022, est que le prix du carbone plombe la compétitivité européenne. Il faudrait l’assouplir, le plafonner, voire le suspendre. 

C’est à la fois un contresens économique et une erreur stratégique. L’Europe paierait cher de s’y laisser prendre. 

Une erreur de diagnostic 

Le prix du carbone n’est pas une composante déterminante du prix de l'énergie. Celui-ci est majoritairement influencé par le coût des matières premières énergétiques et par les taxes et prélèvements, hors carbone. Par exemple, la Serbie, en dehors du système ETS et avec un mix énergétique majoritairement fossile, affichait en 2025 les prix “spot” électriques les plus élevés d’Europe. L’Allemagne, elle, a construit pendant 30 ans une dépendance à un gaz russe peu cher, tout en sortant du nucléaire. Cela lui -couteplusieurs centaines de milliards d’euros depuis 2022.

Car ce n’est pas la tarification des émissions qui rend l’énergie chère en Europe. C’est la dépendance structurelle aux hydrocarbures importés. Elle nous expose à chaque choc énergétique ou géopolitique, et aux caprices de nos fournisseurs, faux alliés ou vrais rivaux. Le prix est économique et politique, comme l’administration Trump - qui nous fournit 58% de notre gaz naturel liquéfié - se charge de nous le rappeler régulièrement.  

La tarification des émissions est l’outil le plus efficace pour nous sevrer de cette dépendance et retrouver le chemin de notre sécurité énergétique, en rentabilisant les investissements dans des énergies décarbonées - nucléaire, hydroélectricité, géothermie, éolien, ou solaire. 

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Un outil de financement de la compétitivité industrielle 

Depuis son lancement en 2005, l'ETS a réduit de 50% les émissions des secteurs industriels couverts. En même temps, la valeur économique produite par ces secteurs augmentait de 71%. Plus important encore, le système a généré plus de 250 milliards d’euros de recettes, reversés en grande partie aux Etats Membres, depuis son lancement. Plus le prix est élevé, plus ces recettes sont importantes : sur la seule année 2025, c’est plus de 40 milliards d’euros de recettes qui ont été générées. Cela représente une source de financement considérable pour financer l’innovation technologique et la modernisation industrielle. Malheureusement, les Etats membres ont choisi de n'allouer que 5% de ces recettes à ces fins. Là est le vrai problème. 

Au-delà des financements publics qu’il permet, c’est également un signal pour entraîner des investissements massifs de la part des entreprises. Le seul signal de prix à l'échelle continentale qui rende économiquement rationnel les investissements de rupture : fours à arc électrique (comme celui dans lequel ArcelorMittal vient d’investir 1,3 Milliard d’euros), pompes à chaleur industrielles, hydrogène vert, capture de carbone. Sans lui, aucune décision de transition énergétique ou de modernisation industrielle ne peut être justifiée. Pire, sans lui, les investissements effectués depuis 20 ans par les industriels européens seraient fortement pénalisés. 

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Une résistance qui s’organise

Face aux frondeurs, qui ont fait chuter le cours du carbone d'environ 20% en quelques semaines en créant une forte incertitude sur le marché, la résistance s’organise. Des centaines d’industriels européens - constructeurs automobiles, producteurs énergétiques, aciérie… - mais aussi une dizaine de gouvernements européens, les membres de la Commission européenne, ou encore des députés européens, se sont exprimés ces derniers jours en soutien au marché. En soulignant l’impérieuse nécessité de stabilité pour continuer à financer une transition générationnelle. 

Car le prix du carbone n’est pas l’obstacle de la compétitivité européenne, il en est la condition. Il rentabilise les investissements dans les secteurs et technologies clés pour que l’Europe demeure pertinente et compétitive dans les décennies à venir. Il permet l'électrification massive des usages, à la fois pour les ménages et pour les industries. Et organise le sevrage de sa dépendance aux hydrocarbures, en lui permettant de financer une énergie souveraine, décarbonée, et bon marché.

Un prix encore trop bas

Ce que personne n’ose encore dire dans le débat actuel est que le prix est trop bas - pas trop haut.  

A 65-70 euros la tonne, le prix du carbone européen est insuffisant pour décarboner les secteurs les plus difficiles — acier, ciment, chimie lourde. Les études convergent : il faudrait 100 à 120 euros la tonne d'ici la fin de la décennie pour que l'économie des technologies de rupture soit pleinement viable sans subvention publique massive. 

Par ailleurs, le coût de l’inaction - sur la compétitivité à long terme, sur les finances publiques, et sur les ménages - est bien plus important que le coût momentané de la transition. 

Ce n'est pas une position idéologique. C'est une arithmétique d'investissement.

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L’heure du choix 

L’Europe a déjà commis des erreurs stratégiques qui lui ont coûté cher.
Le ralentissement du nucléaire à partir des années 1990 lui a coûté deux décennies de dépendance au gaz. Nous commençons tout juste à l’admettre. Au début des années 2000, alors que le bloc avait une avance considérable sur les technologies photovoltaïques, le soutien à la demande plutôt qu’à l’offre a favorisé les constructeurs chinois et détruit toute l’industrie solaire européenne. On s’en remet difficilement. Dernier exemple :  L'intervention ad hoc sur les trajectoires d'offre de quotas en 2022, sous la pression de la crise énergétique, a affaibli le signal-prix au moment précis où il aurait pu accélérer la transition. 

À chaque fois que l'Europe a reculé devant la contrainte de court terme, elle a hypothéqué sa souveraineté et sa compétitivité de long terme.

L’arbitrage, finalement, peut s’exprimer assez simplement. Soit nous optimisons à court terme: l’Europe cède aux frondeurs, assouplit le marché carbone, soulage quelques trimestres de résultats industriels, et elle prolonge sa dépendance aux fossiles importés, abandonne le leadership des technologies bas-carbone à la Chine, et se retrouve dans dix ans exactement là où elle est aujourd'hui. Soit nous tenons le cap, assumons un prix du carbone fort et croissant comme condition de la réindustrialisation souveraine, et construisons enfin l'Europe qui ne sera plus ballottée par chaque choc géopolitique sur les marchés gaziers.

Un prix du carbone élevé n'est pas ce qui menace la compétitivité européenne. C'est ce qui la rend possible.

Le problème, c'est le gaz, idiot. 

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